La commission de discipline de la Ligue de football professionnel a décidé, mercredi, de retirer un point à l’Olympique lyonnais et de faire rejouer le match qui avait été arrêté à la suite d’un jet de bouteille sur le joueur phocéen Dimitri Payet.

La goutte d’eau qui a fait déborder le seuil de tolérance des violences au sein du football français n’a pas jailli d’un vase mais d’une bouteille en plastique. Le 21 novembre, quand un spectateur du match Lyon-Marseille a lancé ce projectile, touchant à la tête le Phocéen Dimitri Payet et interrompant la rencontre après quatre minutes de jeu, il n’imaginait certainement pas le maelström qu’il venait de déclencher.Mercredi 8 décembre, c’est l’Olympique lyonnais (OL), principal responsable de la sécurité au sein de son enceinte, qui en a fait les frais. La commission de discipline de la Ligue de football professionnel (LFP) lui a infligé une sanction d’un point ferme au classement. « Une très lourde sanction » pour le club rhodanien qui regrette dans un communiqué « de servir d’exemple après une série de faits qui se sont produits dans d’autres stades depuis le début de la saison ».

L’instance indépendante a par ailleurs décidé que le match sera rejoué à huis clos à une date ultérieure. Le président de la commission, Sébastien Deneux, a expliqué le sens de cette sanction : « Notre volonté est de rappeler que tout acte de violence à l’encontre d’un acteur du match expose le club responsable à une sanction de perte de points. »

Depuis l’ouverture de la saison, une vague d’incidents venus des tribunes avait déjà déstabilisé un football français moribond, frappé par une double crise, celle des droits télévisuels (défection de Mediapro) et du Covid-19. En voici la triste litanie : jet de bouteille lors de Montpellier-Olympique de Marseille (OM) le 8 août, double jet de bouteille suivi d’un envahissement de terrain et d’échauffourées le 22 août lors de Nice-OM, puis une série d’envahissements de terrain, affrontements et dégradations pendant Lens-Lille (18 septembre), Angers-OM (22 septembre) et Saint-Etienne-Angers (22 octobre).

« Rester dans une logique disciplinaire »

Le club du président Jean-Michel Aulas avait plaidé la thèse de « l’acte individuel et isolé », que « personne ne peut anticiper ou empêcher ». A la suite de cet incident, l’OL avait décidé d’installer jusqu’à nouvel ordre des filets de sécurité devant les virages où prennent place ses supporteurs.

Selon Sébastien Deneux, la défense lyonnaise a été entendue. « Nous avons pris en considération les actions du club lyonnais : l’identification de l’auteur du jet de bouteille et la possibilité de voir celui-ci sanctionné par la justice », a-t-il jugé. Deux jours après les faits, le coupable – interpellé immédiatement grâce aux caméras – avait été condamné en comparution immédiate à six mois de prison avec sursis et cinq ans d’interdiction de stade.

De son côté, l’OM réclamait une sanction « évidemment supérieure à deux points dont un avec sursis, la perte de points étant inévitable »« C’est une décision décevante, voire humiliante pour les joueurs, a considéré, après l’énoncé de la sanction, Jacques Cardoze, directeur de la communication de l’OM sur le plateau de “L’Equipe du soir”, sur la chaîne L’Equipe. On se réserve le droit de ne pas reconnaître ce jugement. Seule une victoire sur tapis vert permet de calmer les supporteurs. »

« Nous devons rester dans une logique disciplinaire propre à notre rôle. Depuis le début de saison, Lyon n’avait pas commis d’autres infractions, a expliqué Sébastien Deneux. Il n’appartenait pas à la commission de sanctionner Lyon à hauteur des manquements des autres clubs de Ligue 1. »

Des propositions attendues pour améliorer la sécurité

En 2017, un jet de pétard d’un supporteur messin en direction du gardien de l’OL Anthony Lopes avait d’abord été sanctionné d’un retrait de deux points, avant d’être annulé quelques mois après par la commission d’appel de la Fédération française de football et transformé en trois points avec sursis. Mercredi soir, l’OL n’a pas écarté « le droit de faire appel de la décision ».

Il y a deux semaines, le scénario du match arrêté entre Lyon et Marseille avait suscité un branle-bas de combat général : de la Ligue de football professionnel jusqu’au gouvernement. Le lendemain, réunie en urgence, la commission de discipline avait prononcé une mesure conservatoire d’un match à huis clos à l’encontre de l’OL, sanction purgée le 1er décembre face à Reims. Le surlendemain, une réunion de crise était convoquée entre les ministres de l’intérieur et des sports et les instances du football (Ligue, fédération, clubs et arbitres) pour déterminer « les moyens de mettre fin aux incidents pour le reste de la saison ».

Mi-décembre, une réunion interministérielle – avec le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, celui de la justice, Eric Dupont-Moretti, et celle des sports, Roxana Maracineanu – devrait présenter une liste de propositions censées améliorer la sécurité dans les stades aux instances du football ainsi qu’au premier ministre. La jurisprudence semble désormais claire : la responsabilité des clubs lors d’éventuelles violences de leurs supporteurs entraînera des conséquences comptables au classement.