La mobilisation des pouvoirs publics « s’est relâchée », selon la Cour des comptes, qui a rendu public un « audit flash » mercredi 8 décembre. « Tout est au point mort », dénoncent les professionnels de la lutte contre la toxicomanie.

La situation a de quoi désespérer les riverains des points de trafic et de consommation : à Paris, la lutte contre le crack paraît comme figée. Gelée. Les dispositifs déjà en place se poursuivent, mais les projets supplémentaires qui devaient voir le jour pour endiguer vraiment l’essor de cette « drogue du pauvre » restent dans les cartons. « La mobilisation s’est progressivement relâchée, la dynamique initiale du plan crack est retombée », constate la Cour des comptes dans un « audit flash » rendu public mercredi 8 décembre. Alors qu’au printemps 2020 la crise sanitaire avait « imposé dans l’urgence la mobilisation intense de tous les intervenants », les réunions sont devenues « moins fréquentes, moins conclusives », relate la Cour, qui évoque « la perte d’une vision partagée ». Elle appelle à des « efforts supplémentaires » de façon urgente.

« C’est le statu quo, tout est au point mort », s’alarme aussi Nathalie Latour, déléguée générale de la Fédération Addiction, qui regroupe les associations spécialisées. Mi-novembre, la fédération a écrit une lettre au premier ministre, Jean Castex, et à la maire de Paris, Anne Hidalgo, pour leur demander de relancer la coopération sur le sujet. « Oui, il n’y a plus de nouveaux projets, et tout est l’arrêt, ou presque », confirme un haut fonctionnaire tenu à l’anonymat. Emmanuel Grégoire, le premier adjoint de la mairie de Paris, est l’un des rares à afficher un certain optimiste. « Une stratégie commune a été définie, que le rapport de la Cour des comptes contribue à valider, affirme l’élu socialiste. Les choses avancent, même si l’Etat a du mal à mettre en œuvre les arbitrages du premier ministre. »

Aucune suite au plan 2019-2021

C’est à la porte de La Villette (19e arrondissement) que la faiblesse de l’action publique se voit le mieux. Le 24 septembre, la police y a transféré, dans un petit jardin public coincé au bord du périphérique, les 100 ou 200 accros au crack qui erraient auparavant rue Riquet, un peu plus au centre de l’arrondissement. Cette solution « ne peut durer que quelques heures ou quelques jours », affirme peu après le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, devant les députés. Deux mois et demi plus tard, presque rien n’a changé. Une centaine de « crackeurs » se trouve toujours sur place, dans une grande précarité. Malgré l’hiver, la pluie, le froid, ce camp temporaire s’est installé dans la durée. Depuis début décembre, l’accompagnement social et psychologique de ces consommateurs en grande détresse a été renforcé, avec un bus qui vient chaque après-midi à leur rencontre. « Preuve que tout n’est pas bloqué », plaide-t-on à l’agence régionale de santé.